Réalisation / image : Yannick Derennes
Assistante de production / image : Sophie Mathoux
Année : 2026
Groupe : Kervegans
Durée : 3’30
Lieu : La Citadelle des Anges
Musiciens : KERVEGANS est un groupe de rock celtique originaire de Nantes, fondé au début des années 2000. Mélangeant avec brio des sonorités rock, folk et traditionnelles bretonnes. KERVEGANS a sorti cinq albums studio et deux albums LIVE
Site web : Kervegans
Production : KPDP productions


Le projet
Le morceau Lucifer est une composition « coup de poing » : un rythme appuyé, des paroles incisives avec des textes offrant une peinture au vitriol de notre société.
Le challenge d’un point de vue réalisation se résume ainsi : deux jours de tournage, un budget contenu, un lieu industriel atypique, et la volonté de dépasser la simple performance musicale.
Mais le thème/titre du morceau n’est pas anodin et se pose alors une question primordiale :
Comment représenter Lucifer sans représenter le diable ?
Lucifer, dans la religion chrétienne est un terme qui a d’abord désigné le Christ puis a été transposé ensuite au plus bel ange du Paradis, déchu par péché d’orgueil.
Une idée devient un langage visuel
Les paroles suggèrent que nous portons en chacun de nous une part de « Lucifer » ce qui évoque la dualité de nos êtres.
La première approche a donc été de développer l’idée d’alter-egos qui pourraient apparaitre au fil du clip sous différentes formes : dédoublement des musiciens, présence fantomatique, reflets étranges… Cette approche augmentait alors la difficulté au tournage : doubler les prises pour chaque musicien, synchroniser les prises, changer de tenues…etc. Un planning et une organisation difficiles à tenir en si peu de temps.
Je suis donc revenu aux origines du personnage de Lucifer.
L‘Étymologie d’origine latine le désigne comme « le porteur de lumière » avec la composition des termes Lux : lumière et Ferrer : porter.
Le clip a donc été organisé autour de la présence de la lumière comme source d’inspiration et de séduction. Les alter-egos physiques disparaissent alors avec l’idée de montrer la dualité et les reflets par des effets visuels : miroir, prisme, kaléidoscope… Avec cette approche plus subtile, nous évitons ainsi tous les clichés liés au diable et toute la scénographie qui s’y rapporte tout en renforçant l’idée dégagée par les paroles.
Avec cette approche basée sur des effets optiques à la prise de vues, j’ai souhaité apporter une signature par la construction d’un cahier des charges visuel
Travail sur la lumière
Utilisation de sources RGB réelles avec une complémentarité des couleurs


La lumière comme personnage silencieux
Utilisation de brouillard pour donner aux faisceaux lumineux de la présence et conserver les sources comme parties intégrales du décor.
Variété des configurations
Réflexion sur le positionnement, le type, la couleur et le rôle de la lumière dans chaque séquence du clip : couplets, choeurs, live, illustrations…

L’intégralité du clip a été filmé avec des optiques anamorphiques : ces objectifs cinéma ont une particularité : ils offrent un angle de vue bien plus large qu’une optique photo classique avec le même niveau de compression verticale. Pour schématiser, l’objectif DZO Arcana 45mm utilisé dans la majorité des plans offre l’équivalent d’un angle de vue horizontal d’un objectif de 30mm
En complément des optiques anamorphiques, un filtre black pro-mist 1/8 est également utilisé afin de générer un léger effet de halation sur les hautes lumières. Ce qui permet de réduire l’effet trop net des tubes RGB présents dans l’image et donner cet aspect quasi-iréel aux sources de lumière.
Pour schématiser l’idée d’alter-egos, j’ai utilisé différents prismes et effets optiques à la prise de vues : cette approche directe a été un élément indispensable pour reprendre le développement autour de la dualité suggérée par les paroles de la chanson.
Enfin, pour la séquence de feu en intérieur, ce sont les seuls plans où de la retouche en post-production a eu lieu : développement de certains billets par IA afin d’avoir une plus grande densité au sol, puis compositing de flammes supplémentaires afin de donner un peu plus d’ampleur au feu tout en restant dans un rendu réaliste.

Le moodboard partagé avec le groupe en pré-production du clip.

Le résultat d’une des séquences : présence d’éclairage coloré sur le décor et découpe sur les visages.
Le tournage — une courte respiration
Sur ce genre de projet, la variété des séquences, le travail en équipe réduite (2 personnes à l’image), l’installation des lumières, les répétitions et les différentes prises de vues : live, couplets individuels, illustrations, drone… demandent d’avoir en tête toutes les phases et garder un oeil sur l’horloge tout au long de la journée.
Cela demande une énergie incroyable : en tant que réalisateur on reste le moteur auprès des musiciens et face aux contraintes qui se présentent. C’est aussi ce qui rend ce travail si passionnant : on écrit, on imagine puis on met en scène, on teste, on rectifie et parfois certains hasards du plateau deviennent des images conservées au montage. Le tout avec un échange passionnant avec les musiciens qui participent aussi à cette énergie créatrice.
Si il y a une seule image pour résumer ce clip de Lucifer, c’est sans nul doute la silhouette du chanteur entrant et sortant de cette lumière. Pour moi elle revêt tout son sens : cette lumière est quasiment hypnotique, séductrice et inquiétante à la fois. Le chanteur apparaît en début de clip comme le « porteur de lumière » puis disparaît en fin de clip en retournant vers cette seule lumière.





